A défaut de maîtriser ce qui relève pourtant de son champ, l’économie et le social, l’apprenti sorcier s’engage dans la conquête des cerveaux des bambins de France. Le voilà attelé à son nouveau grand oeuvre, annoncé à l’aube de la nouvelle année : la civilisation. Morale et mémoire au programme. Le chef décrète donc : il faut ouvrir les enfants à la dimension de Dieu (première étape), il faut que chaque enfant de France porte le souvenir d’un enfant massacré en déportation (deuxième étape). La morale sarkosienne ne peut être que d’inspiration divine et la mémoire réduite au transfert de responsabilités collectives complexes à la seule charge affective individuelle, d’enfants qui plus est.
La Raison et l’Histoire seraient-elles si dangereuses ?
Mais plus grave, quelle légitimité à cette intrusion inacceptable dans l’intimité, l’intégrité des personnes ? quelle légitimité à violer aussi brutalement le principe de respect absolu des consciences sur lequel repose notre pacte social ? De quoi se mêle-t-il ?
Guaino expliquait l’autre jour, sans rire, que “l’immanence était mère de tous les totalitarismes” au contraire de la transcendance, “grande étape de l’histoire de l’humanité” et réduisant le nazisme et le stalinisme à l’inévitable conséquence “d’un monde sans Dieu”. L’observation, même distraite, de quelques régimes ou Etats (et je n’exclus pas les Etats créationnistes de l’Union), directement inspirés par le ciel, démontre pourtant, chaque jour, l’indigence et la dangerosité d’une telle profession de foi.
Ensuite, attacher chaque enfant de CM2 à la vie et la mort d’un enfant juif déporté, au risque d’accabler de culpabilité, au risque aussi de raviver les frustrations et les haines. Imaginez donc la scène : Mohamed à Drancy, chargé de la mémoire et de la mort d’Abraham ? On voudrait créer de l’antisémitisme, relancer la surenchère victimaire et chacun d’y aller de sa petite revendication mémorielle, bref déclencher de nouvelles guerres civiles qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
La plus grande vigilance s’impose à nous désormais.




